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BADEN BADEN
09/12/2006
Klaus Maria Brandauer, mise en scène et récit
© DR
PEER GYNT
Musique de Edvard Grieg
sur une pièce de Henrik Ibsen
Comédiens :
Aase : Maria Hengge
Peer Gynt : Klaus Maria Brandauer
Trumpeterstrale : Marianne Hamre
Master Cotton : Paul Sigmund
Monsieur Ballon : Florian Lebek
Herr von Eberkopf : Ingolf Müller
Solveig : Yohanna Schwertfeger
Die Grüne : Marie Luisa von Spieß
Chanteurs :
Solveig 1. Säterin : Malin Hartelius
Anitra : Marta Kosztonanyi
2. Säterin : Hanne Weber *
3. Säterin : Gabriele Weinfurter *
Dieb : Wolfgang Klose *
Hehler : Timo Zimmer *
* solistes du Chœur du Bayersischer Rundfunk
chef des chœurs : Udo Mehrpohl
Symphoniorchester und Chor des Bayerischen Rundfunks
Direction musicale : Thomas Hengelbrock
Mise en scène : Klaus Maria Brandauer
Baden-Baden, Festspielhaus, 9 décembre 2006
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Ce que l'Allemagne fait de mieux
Lors de notre (pas si lointaine) jeunesse, notre caractère
rêveur et mélancolique s’entretenait au son des
suites de Peer Gynt : Au matin, la mort d’Aase, dans le Hall du Roi des montagnes, la Chanson de Solveig
etc. nous transportaient au pays des fjords et des trolls. Lors de
certains numéros plus allants, nous mimions des gestes de chef
d’orchestre en face de l’unique haut parleur de ce que
l’on appelait alors un « tourne-disque » et
dont la galette noire dépassait du petit appareil. Nous nous
rêvions alors le futur Karajan dont les disques - allemands -
à l’étiquette jaune garnissaient notre
discothèque.
Nous avons en effet tous possédé l’un de ces disques rassemblant des extraits de Peer Gynt, couplés qui avec Valse Triste, qui un Cygne de Tuonela
du voisin finlandais Sibelius, ou, plus osé, avec une symphonie
de l’autre voisin, suédois celui-là, Nielsen.
Plus tard, nous découvrions émerveillés, les
autres numéros de la musique de scène de Grieg pour la
pièce d’Ibsen, le Hugo norvégien, notamment une
tempête aux accents wagnériens et certaines pièces
chantées, telle la magnifique chanson de Solveig.
Plus tard encore, nous découvrions un condensé du texte
d’Ibsen, narré par des comédiens, mêlé
aux différents numéros de la musique qui
s’inscrivait alors dans son contexte dramatique. On
découvrait ainsi que le fameux Prélude « Au
matin » se déroule... au Maroc ! ou que le
chœur intervient et que les personnages parlent dans
l’étourdissant - et célèbrissime - Dans le hall du Roi des montagnes (que Fritz Lang choisit aussi pour son M le Maudit, donnant ainsi à cette pièce faussement débonnaire un aspect assez effrayant).
On découvre surtout que Peer Gynt est un anti-héros
finalement peu sympathique, personnage errant de par le monde, vivant
diverses fortunes (notamment dans l’esclavage) et diverses
débauches, puis revenant finalement au pays, où
l’attend la bien bonne Solveig qui lui est restée
fidèle.
Le concert du Festspielhaus de Baden-Baden proposait justement un
condensé du texte d’Ibsen, dit par une dizaine de
comédiens, mêlé à
l’intégralité de la musique de scène de
Grieg (26 numéros) avec chanteurs solistes, chœur et
orchestre, et le tout dans des conditions absolument
exceptionnelles : rien de moins que Klaus-Maria Brandauer, le
Depardieu allemand, avec le Chœur et l’Orchestre du
Bayerischen Rundfunk, l’un des deux ou trois meilleurs orchestres
d’Europe, dirigés par Thomas Hengelbrock.
Brandauer est déchaîné et prend visiblement un
grand plaisir à camper ce héros négatif qui lui
colle remarquablement bien à la peau. Il sait alterner les
moments de folie et les moments de poésie et
d’émotion que lui réserve le texte d’Ibsen
(récité en allemand, tout comme les parties
chantées). Les autres comédiens, excellents, lui
répondent efficacement.
Musicalement, nous sommes à toute aussi grande fête.
L’Orchestre affiche dès l’Ouverture, des couleurs
éclatantes et brillantes, sans aucune recherche de
tape-à-l’œil, et impressionne par la
sûreté et la beauté des différents pupitres
(un quatuor de cors tel qu’on rêve d’en entendre dans
chaque orchestre !). Les numéros plus intimes, et la
partition n’en manque pas, montrent un orchestre tantôt
virevoltant et léger comme une plume (extraordinaire Danse d’Anitra), tantôt chatoyant (magnifiques cordes en sourdine de La Mort d’Aase). On reste au final confondu par le niveau de cette formation absolument magnifique.
Tout aussi somptueux sont les chœurs. Les quatre solistes qui en
émanent pour de petites interventions laissent songeurs quant
à la qualité des chanteurs qui le composent... ! La
formation brille de bout en bout, notamment dans un chœur a
capella où l’émotion saisit à la gorge. Une
telle homogénéité, une telle splendeur, du
fortissimo au plus subtil et infime des pianissimo est proprement
exceptionnel.
Si somptueusement entourées, les deux chanteuses solistes ne
peuvent que donner le meilleur d’elles-mêmes, notamment une
Malin Hartelius qui bouleverse dans une chanson de Solveig plus éthérée et « suspendue » que jamais.
On aura deviné au fur et à mesure de ces observations le
rôle central joué par le chef Thomas Engelbrock qui a su
non seulement mettre en valeur les forces qu’il dirigeait mais
aussi magnifier la partition de Grieg avec une direction
éblouissante. Rarement nous aurons eu Ouverture plus enflammée, Chanson de Solveig et mort d’Aase plus émouvantes, « scherzo » de la Danse d’Anitra plus léger : une fête de tous les instants.
Orchestre, chœur, comédien, chef, tous du plus haut niveau
nous ont montré ce soir ce qu’effectivement
l’Allemagne peut offrir de mieux à la musique et au
théâtre. Bravo et merci.
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