La collection « Chroniques du Théâtre des Champs-Elysées » s’enrichit très régulièrement et permet en toute discrétion d’accompagner les principales productions de la maison. Afin de préparer la venue à Paris de la production aixoise d’Ariane à Naxos, c’est un volume consacré à Richard Strauss qui s’ajoute aux quatre précédents numéros, où l’édifice inauguré en 1913 tenait un rôle plus ou moins primordial (le texte consacré par Vincent Borel à l’écriture vocale de Poulenc étant jusqu’ici celui dont le rapport avec le 15 avenue Montaigne était le plus ténu).
Raconter comment l’œuvre de Richard Strauss s’est peu à peu imposée dans notre pays, voilà un beau sujet, et il y aurait beaucoup à dire. Le talent de conteur d’André Tubeuf est connu, surtout lorsqu’il s’agit d’évoquer un certain âge d’or du chant dont il fut le témoin privilégié. Cela dit, même André Tubeuf n’a pas pu tout voir : il se reproche d’ailleurs d’avoir manqué les représentations d’Arabella proposées au TCE en 1952 par l’Opéra de Sarrebruck – « qui, ensuite, se vantera d’y avoir été ? Pas même moi, hélas… ». De ce maître-conteur on n’exigera évidemment pas l’exhaustivité, surtout dans un format délibérément réduit (tous ces livres tiennent dans un sac à main), mais sans aller jusqu’à la monumentalité d’une somme telle que le Janáček en France de Joseph Collomb avec ses 564 pages, sans doute aurait-il été possible d’assortir la magie du récit de quelques notes ou annexes plus densément informatives. Dire que Romain Rolland était aux anges, c’est glisser bien vite sur une relation qui trouva notamment à s’approfondir quand Strauss entreprit la mise en français de Salomé. Quelques coquilles auraient pu être évitées (« Feersnot » pour Feuersnot, « Samazuilh » pour Samazeuilh). On n’en savourera pas moins ce texte, avec ses enthousiasmes enamourés et ses illustrations qui laissent rêveur : Maria Kouznetsoff dans La Légende de Joseph, exactement telle que Léon Bakst l’avait habillée ; Germaine Lubin en Octavian, en Elektra, en Ariane…
La typographie se fait plus dense et la narration plus factuelle lorsque l’on aborde la section « Strauss au Théâtre des Champs-Elysées » (pages 42 à 59). C’est que, très discrètement, et sans que son nom figure en couverture, une autre plume a repris le fil, celle de Nathalie Sergent, chargée de la coordination éditoriale et de cette section, joliment baptisée « Récit Elyséen ». Cela dit, même les archives du TCE mériteraient parfois une remise à jour : dans le Rosenkavalier de concert dirigé en 2014 par Kirill Petrenko, Mojca Erdmann ne fut pas Sophie, puisqu’elle fut remplacée au pied levé par Christiane Karg. Un joli scoop quand même, Die Frau ohne Schatten, encore jamais donné au Théâtre des Champs-Elysées, y sera dirigé en février 2020 en version de concert par Yanick Nézet-Séguin, avec notamment Amber Wagner, Stephen Gould et Michael Volle !
Enfin, au rayon people on rangera les deux préfaces demandées à mesdames Fleming et Koch. Chacune y évoque rapidement sa relation privilégiée avec ce Richard qui n’était pas Wagner, ce Strauss qui n’était Johann.