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Georg Friedrich Haendel (1685-1759)
1. Da tempeste (Giulio Cesare)
2. Lascia ch’io pianga (Rinaldo)
3. Tornami a vagheggiar (Alcina)
4. Dolce riposo, ed innocente pace (Teseo)
5. Ira, sedgni, e furore … o stringerò nel sen (Teseo)
6. Felicissima quest’alma (Apollo e Dafne)
7. Il mio crudel martoro (Ariodante)
8. Vo’far Guerra (Rinaldo)
9. Ah, spietato (Amadigi di Gaula)
10. Myself I shall adore (Semele)
11. Piangerò la sorte mia (Giulio Cesare)
12. Endless pleasure, endless love (Semele)
Danielle De Niese, soprano
Les Arts florissants
William Christie, direction
Enregistré à Paris en mai 2007
1 CD DECCA – 475 8746- 61’51’’
Je chante soir et matin !
Une jolie poupée, un soprano glamour au jeu de jambes ensorcelant ? Ceux qui attendaient la trop belle Danielle de Niese
au tournant, persuadés que sans l’image le son perdrait
tout impact, en seront pour leurs frais : ce disque est une
bénédiction, une formidable bouffée de
fraîcheur dans la morosité où nous ont
plongé tant de récitals tièdes et dispensables
(Fleming, Riccarda Wesseling, Kirchschlager, Bostridge,
Mijanovic…). Et pourtant, comme il serait facile de
détailler les imperfections objectives d’une technique
encore instable. Il y a trois ans, après un concert où
elle remplaçait au pied levé Patricia Petibon,
Benoît Berger évoquait
un diamant brut, à peine sorti de sa gangue, mais soulignait
aussi l’engagement exceptionnel d’une toute jeune
musicienne. Au-delà de l’opulence du timbre, capiteux et
sensuel, c’est la générosité de
l’artiste qui nous frappe et balaie les réserves
qu’inspirent d’abord les inégalités du chant.
Danielle de Niese possède un don rare entre tous : le don
de soi, entier et sans calcul. Aussi éloigné de
l’élégance raffinée de Padmore
(récital « As steals the morn ») que de la
théâtralité brûlante de Kozena
(récital « Ah ! mio cor ! », son Haendel respire la joie de vivre, un bonheur de chanter irrésistible, contagieux et vivifiant.
J’entends déjà les ricanements : non, elle ne
chante pas avec un sourire béat dans la voix, mais quel que soit
le registre ou l’affect développé, sa candeur
désarme et attendrit. Pour ses débuts au disque, Danielle
de Niese aurait pu se limiter à un programme qui flatte
habilement la juvénilité rayonnante de son instrument
à l’image du délicieux « Felicissima
quest’alma » tiré de la cantate Apollo e Dafne,
or, à côté de tubes porteurs (« Tornami
a vagheggiar », « Lascia ch’io
pianga », « Endless pleasure, endless
love », « Piangerò la sorte
mia »), elle ose se lancer dans des pages nettement moins
familières, extraites d’Amadigi,
comme « Ah, spietato », « un morceau
absolument sublime et tellement déchirant »
confie-t-elle, ou de Teseo
avec le superbe portrait, en deux volets, de Médée .
Toutes sont servies par une sensibilité à fleur de
lèvres, frémissante et juste, sans outrance ni
afféterie. Le naturel n’exclut pas la finesse, mais celle
du cœur, non des broderies. Le grand lamento de Ginevra, un rôle qu’elle abordait cette saison à Paris,
est bouleversant de vérité. Et cette
sincérité n’a pas de prix, elle appelle
l’indulgence face à des choix discutables : sans
surprise, Danielle De Niese peine à incarner Armide et demeure
en retrait face au clavecin volubile et jouisseur de Béatrice Martin
(« Vo’far guerra »). De même,
s’il a gagné en souplesse, son soprano reste bien lourd
pour les cocottes narcissiques de Sémélé
(« Myself I shall adore »). Mais ce sont
là des déceptions mineures qui n’entament
guère notre plaisir ni, de toute évidence, celui du
chef ! William Christie couve amoureusement son orchidée et le moelleux incomparable des Arts Florissants lui offre un écrin idéal, un soutien discret mais efficace.
Il est trop tard pour glisser cet album sous le sapin, mais faut-il un prétexte pour faire plaisir ?
Bernard SCHREUDERS
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